- Un drame se joue en forêt, s’exclama Hermande en bondissant en selle; allons-y vivement.
Tandis que la centaurine rebroussait chemin bride abattue en direction du cri, celui-ci bifurquant de hêtre en chêne et en charme, avait aussi atteint une clairière à l’ouest de la scène où, torse nu, un grand gaillard s’épongeait le front. Hercule, garde-chasse de son état, venait de libérer une fouine des pièges posés la veille.
- Ce n’est pas toi qui vient de pousser ce hurlement, dit-il fort justement à la fouine moribonde qu’il acheva du tranchant de la main sur la nuque et qu’il enfourna dans sa gibecière. On a besoin d’aide, sacrebieu. Ramassant sa pétoire, réajustant sa casquette et renfilant sa vareuse, Hercule partit à grandes foulées en direction de l’appel.
Une buse planant au-dessus de la clairière, en fut fort marrie. Hercule avait oublié de remettre un appât au piège, privant l’oiseau de proie d’une alimentation facile, ces petits rongeurs idiots sur lesquels elle aurait fondu tandis qu’ils approchaient du piège. Privé de petit-déjeuner, le rapace en profita pour suivre avec intérêt la course de Hercule et celle de Hermande qui fatalement allaient se rejoindre là où le curé somnolait dans son coma. A cheval, Hermande avait une légère avance sur le piéton qui avait pour lui un chemin plus court. De ce fait, comme la buse l’avait prévu, leurs courses se joignirent à l’intersection des sentes.
- Ah ! Mademoiselle Hermande !
- Ah ! Hercule !
- Heeeeeeeinnnnnnn !
- Du calme Prépuce, du calme.
Les deux humains se précipitèrent sur le corps inconscient du curé tandis que le cheval détournait pudiquement la tête et que la buse fascinée tournoyait au-dessus de la scène.
- Mon Père, mon Père, soufflait Hermande à l’oreille de l’ecclésiastique, réveillez vous donc.
- Ne le bousculons pas, Mademoiselle Hermande, il s’est blessé à la tête. Nous devons le ramener très vite au château. Je vais dresser une civière. Pendant ce temps, essayez de le coucher sur le côté pour l’aider à respirer.
Hercule fit quelques pas dans le sous-bois et entreprit de couper deux longues gaules de coudrier et plusieurs barreaux de charme feuillus qu’il lia ensemble avec de solides brins de lierre.
- Mad-euh-moi...
- Père Amédée ? Que dites-vous ? Vous reprenez conscience ?
- Ay-meuh... votre frère, Mad-euh
- Aymeric, mon frère ! Père Amédée que dites-vous, parlez voyons, parlez, hurla Hermande, les mains sur les épaules du curé qu’elle secouait frénétiquement le regard égaré par ses paroles.
Le regard vitreux du curé se révulsa à nouveau, sa bouche s’ouvrit dans un râle.
- Vite Hercule, êtes-vous prêt ?
Hercule fixa les montants de la civière aux étriers. Y fit glisser le corps inanimé du curé et s’installa à l’arrière, la tête du blessé calée sur ses genoux.
- Filons, Mademoiselle Hermande, il n’y a pas une seconde à perdre.
Sans se le faire dire deux fois, Prépuce s’élança dans la sente en direction du château où les attendait déjà, debout sur les marches du perron, toute la maisonnée inquiète et curieuse de savoir ce qui provoquait un tel brouhaha à la lisière de la forêt. Amélie fut la première à se précipiter sur le cortège emballé.
- Allez immédiatement chercher un médecin, s’impatienta Hermande, et demandez à George et à Marthe de transporter Monsieur le curé sur la banquette du petit salon. Baignez lui le front d’eau fraîche et apportez lui les sels. Il faut qu’il reprenne conscience. Il a des nouvelles de M...
- Vous dites ? Mademoiselle Hermande ?
- Occupez vous de monsieur le curé, coupa Hermande sèchement et faites moi un couler un bain dès que vous aurez ramené le médecin. (A suivre)
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